‘Entre impertinence et amertume, reflets de la Serbie par de jeunes artistes‘, Agence France-Presse

June 29, 2009

By Pierre Glachant, Agence France-Presse

   BELGRADE, 29 juin 2009 (AFP) – Une Serbie à la recherche de son identité après les traumatismes des années 90, une Serbie aspirant à une Europe à la fois désirée et qui exaspère, une trentaine de jeunes artistes serbes exposent dans un ouvrage récent le malaise et les espoirs d’une nouvelle génération.

   Ces artistes nés pour la plupart dans les années 80 ont exprimé dans un “Atlas subjectif de la Serbie” les perceptions qu’ils se faisaient de leur propre pays: entre impertinence et humour dans un pays où les symboles nationaux sont toujours très présents et vénérés, mais aussi amertume, voire colère.

   L’initiative de ce petit ouvrage, présenté récemment à Belgrade, revient à la designer néerlandaise Annelys de Vet, déjà à l’origine d’un “Atlas subjectif des Pays-Bas”. Le Centre culturel de Balie à Amsterdam et la Maison de la Jeunesse de Belgrade ont collaboré à la réalisation de ce projet.

   Les dessins, photos, montages ou petits textes de ces graphistes ou étudiants en architecture sont autant de reflets de la Serbie par la jeune génération.

   Dans “Je ne suis pas responsable des erreurs de la Serbie… mais je dois expier”, Iva Spasojevic a choisi de représenter un moineau aux ailes entravées par le drapeau serbe, une allusion au désir d’Europe et de pouvoir y voyager sans visa, une véritable obsession en Serbie et ailleurs dans les Balkans.

   Iva pense que la “plupart des jeunes” se retrouvent dans l’image de cet oiseau, qui est au demeurant le symbole de Belgrade.

   Dans “Guérison”, la jeune femme représente une carte approximative de la Serbie avec des sparadraps aux frontières avec la Bosnie et, encore plus nombreux, au sud, vers le Kosovo…

   Les variations sont du reste multiples autour du thème de la carte de la Serbie et plusieurs artistes expriment leur désarroi face à un pays qui se rétrécit.

   Une plaisanterie grinçante avait cours avec beaucoup de succès en Serbie il y a encore quelque temps: “la Serbie, c’est comme les téléphones portables, le modèle rapetisse chaque année”.

   Dans “Valse serbe”, Filip Cakic représente une chorégraphie aussi obscure que complexe, avec en guise d’explications des vacheries clairement destinées à certains de ses compatriotes: “soyez religieux et haïssez ceux qui ne le sont pas”, “ne vous excusez pas, vous avez toujours raison”, “soyez fiers, même si vous n’avez aucune raison de l’être” ou “achetez une BMW, les gens vous respecteront”.

   Une série de “drapeaux alternatifs de Serbie” ont stimulé la créativité des artistes. Là encore, on retrouve les thèmes d’un passé douloureux et la quête de l’Europe.

   Ainsi un panneau de signalisation “Vers l’Europe”, avec des flèches partant dans tous les sens, se passe de commentaires.

   “Encore à la recherche de notre identité, nous sommes au milieu de nulle part “, déclarait récemment l’écrivain serbe Vladimir Arsenijevic, auteur d’une préface au vitriol à l'”Atlas subjectif de Serbie”. “Tout ce que nous savions sur les Serbes dans les années 90 s’est effondré et n’est plus une option. Nous devons nous préparer à une nouvelle identité qui, de toute évidence, doit être européenne”, ajoutait-il.

   Pourtant, Vladimir Arsenijevic cultive des sentiments ambilavents pour l’Europe qualifiée de “club de polo pour personnes fortunées”.

   “Il n’y a pas d’autre choix pour nous”, écrit-il, que de se caser “dans le ventre de la bête” lorsque “les dernières traces de notre enthousiasme seront parties à jamais”.

   Annelys de Vet conçoit l'”Atlas…” comme un “point de départ, pas une finalité” et elle espère que ses illustrations donneront lieu à des échanges et des débats dans le pays.

   Elle observe chez les Serbes un fort sentiment d’appartenir à une collectivité, une conscience politique, si différents de l’approche individualiste et “froide” qu’elle avait ressentie chez les Néerlandais lors de l’élaboration de l'”Atlas subjectif des Pays-Bas”.